105- Les semaines passent, le silence s’installe et le futur devient fantasmagorique…
OUPS!
Je viens de m’apercevoir qu’en mars je n’ai rien écrit, ici, qu’en février je n’ai posté qu’une fois et qu’en avril, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai rien retracé….
Croyez moi si vous le pouvez, mais il m’arrive bien souvent de me voir écrire sur mon clavier ce que je vois s’écrire dans ma tête et que je voudrais mettre ici. J’y crois dur comme fer, que mes longs récits je les ai couchés sur mon écran et posté sur mon blog, mais je crois que je réalise après que ce n’est pas arrivé, et je n’ai pas le goût ou le temps, ou que sais-je, à reprendre tout et recommencer pour de vrai.
Le principe d’écrire n’est pas d’être lu mais de vider son esprit.
Le mien reste encombré et peut être que visualiser tout ce que je pourrais avoir envie ou besoin d’écrire de façon si exécutive, malgré tout, vidange mes idées même si au final elles n’auront fait que passer et n’auront jamais pris la forme d’un récit écrit.
En mars j’ai traversé quelques déboires, beaucoup d’angoisses personnelles et professionnelles, quelques crises, de grosses larmes, des déceptions et j’ai affronté les 15 ans de ma fille aînée.
En février il n’y a rien eu de particulier : des douleurs, des crises, des répits, mes 35 ans, la saint Valentin toute seule, les vacances scolaires, bref la routine.
En avril et bien…J’ai vécu sur les nerfs. J’ai connu les suites de mars et de ses doutes et inquiétudes professionnelles, j’ai préparé des vacances qui n’en étaient pas et ça je le savais à l’avance et puis retour à la routine.
Ces vacances qui n’en furent pas ont été consacrées au mariage de ma sœur, à 700km de chez moi, à ses aléas, à sa fatigue, à ma triple dose de médocs pour tenir le coup durant une semaine et à tous les kilomètres effectués.
N’oublions pas le premier tour des élections présidentielles française haut en couleurs si je peux dire et surtout riche en râleries pour ma part tant certains m’énervent avec leur raisonnement simpliste.
Et j’ai déjà l’impression que tout ça, ce passé proche est si loin.
Quant à ce soir, dans mon ordinaire quotidien, je suis seule à la maison.
Ma grande est en voyage scolaire et ma petite découche. Enfin disons plutôt que depuis ce matin elle est chez une amie et qu’elle y passe la nuit pour filer directement à l’école demain matin sans passer par la case maman.
De ce mercredi sans enfant je n’ai rien fait.
J’ai repris mon vieil ordinateur qui rame (mon portable ayant lâché il y a quelques temps), donc toutes mes navigations internet et travaux informatiques sont lents et longs mais cela ne me contrarie pas vraiment, je me plie à ce rythme d’ailleurs comparativement c’est le mien pour le reste de la vie. Mais j’ai la patience fortement recommandée quand on veut persister en informatique! Je reconnais simplement qu’en un mercredi j’aurais fait 10 fois moins de choses qu’avec un autre débit.
Enfin voilà je n’ai rien fait.
Il y a 6 ans que nous avons emménagé dans cette région qui devait et a marqué un changement dans ma vie.
Et il y a 6 ans, même 3 peut être, jamais je n’aurais laissé filer ce jour comme ça. J’en aurais profité pour faire le ménage en grand, ou alors mon jardin (mais c’est la tempête cela dit depuis 2 jours), j’aurais peut être fait de la tapisserie, de la peinture ou du rangement voire du bricolage ou un peu de tout. Mais j’aurais tout aussi bien pu choisir de rester dans le canapé oui mais pas sans rien faire. J’aurais tout prévu pour dessiner, coudre, écrire, lire, broder, tricoter, ou bosser de la musique.Bref j’aurais pu tout faire en commençant par être vraiment moi!
Mais aujourd’hui….
Devant moi il y a tant à faire…
Je visualise tout ça très bien et je me vois le faire mais le faire dans ma tête comme avec ma santé et mon énergie d’avant. Je scénarise mon temps comme si j’étais comme avant.
Et c’est au moment où je pourrais me sentir porter par cet élan et entamer les choses que la chape de plomb me retombe sur les épaules.
Bouger un meuble? préparer un sceau pour aller faire un grand nettoyage? sortir les outils? Tss Tss Tss
“Où vas tu comme ça Virginie? tu as oublié?” et voilà mon dos ou autre endroit de mon corps qui me stoppe, puis le mot FIBROMYALGIE dégouline devant mes yeux et là je me rappelle que ce que j’envisage ne va pas être si simple à réaliser et que ce qui était du domaine du possible devient du domaine du fantasmagorique.
Ce que j’aimerais.
Ce que je voudrais
Si je pouvais.
Si j’avais.
Dépitée, découragée, le corps lourd et lent, je m’affale sur mon canapé et j’entends une petite voix dire “laisse tomber, tu sens combien tu es fatiguée? Ne bouge plus!Tu n’as pas envie d’avoir + mal, alors assise, couchée : Don’t move!”
Wouh ouh Youpi quelle vie!
Ayant passé une semaine à devoir avoir l’air en pleine forme, ou en tous cas à ne surtout contrarier les projets de personne de ma famille pour le mariage de ma sœur, je me suis vue capable oui de la tenir cette semaine à grands renforts d’abus médicamenteux non anodins.
J’ai mis toutes les chances de mon côté et je m’y suis préparée au point d’avoir des nerfs en acier!
J’ai tout assumer, la voiture, la distance, la fatigue, les politesses, les faux semblants etc…Je n’ai fait aucune sieste en journée, je n’ai rien refusé, j’ai fait pas mal de petites choses non extraordinaires mais qu’habituellement j’aurais remises à plus tard ou distillées dans le temps. J’ai réussi à avoir l’air “normale”et en dehors de décliner de danser le soir des noces et de choisir de rester assise sur ma chaise toute la soirée jusqu’à 3 h du matin regarder les autres s’amuser, j’ai réussi à donner le change.
Ah la vache j’en ai trainé des valises, fais des bornes, rempli, vidé des coffres, couru les boutiques, tenu des moments debout etc…
Mais était-ce raisonnable de tant prendre de cachets?
Quand je vois que cela fait à peine une semaine que nous sommes rentrées, mardi dernier en fait, que j’ai repris le travail dès le jeudi et que ça y est depuis dimanche je redeviens une grosse molle incapable de gérer sa maison d’une main de maître, de la rendre et garder rutilante et de faire tout ce que je devrais faire, alors je me dis que raisonnable ou pas, cette surdose de médicaments, je voudrais encore pouvoir la prolonger.
Je pense que je vais devoir en parler avec mon médecin et puis de toute façon il va me voir revenir “trop tôt” puisque mon ordonnance va être épuisée bien plus vite qu’elle n’aurait dû.
Je dois aller le voir pour la renouveler, faire une demande de renouvellement de reconnaissance d’ALD à la sécu, celle là même que j’ai eu il y a deux ans et qui enclenchera la possible demande de reconnaissance de handicap dans quelques mois.
Enfin voilà, le constat du jour est que le temps passe et que j’ai l’impression vraiment qu’il m’échappe et que je ne fais rien de ma vie.
Ma sœur a rencontré son époux sur internet et s’est mariée le jour de leurs 2 ans d’histoire.
Plus jeune que moi de 3 ans et demi, nettement moins dynamique que moi ou volontaire, elle a finit par voir sa vie avancer et changer et je trouve que pour elle c’est bien.
Comparativement, j’ai l’impression que ma vie stagne tout en s’éfrichant et que je ne suis pas prête de la voir évoluer dans le bon sens.
Aujourd’hui, en l’état des choses être “diminuée” à 35 ans par la fibromyalgie ce n’est pas compatible avec ma vie de femme célibataire, maman de 2 jolies poupées exigeantes.
Et d’ailleurs pourquoi ne le seraient elles pas exigeantes? Je leur ai toujours tout donné et j’ai toujours était un peu fofolle, débordante d’énergie et d’idées, une maman pas tout à fait comme les autres. Bien sûr qu’elles ont le droit!
Plus le temps passe et moins je ressemble à cette maman là, plus je leur demande d’être autonomes et responsables.
A 15 et 9 ans est-ce que c’est ce que j’aurais voulu pour elles? Non!
Quand je ne vais pas bien, je suis triste de voir qu’elles sont en colère, toujours exigeantes et si peu coopératives ou aidantes.
Pourtant je sais que l’âge ingrat commence tôt et fini tard et qu’elles ne comprennent pas, ne réalisent pas, n’acceptent pas et du coup ne veulent rien savoir, ni vraiment faire en sorte d’être tolérantes et compatissantes.
Je suis torturée de culpabilité tout comme de “déception”.
Quelquefois je réfléchis à après, quand je serais seule. Quand elles ne seront plus là au quotidien.
J’imagine les choses avec mon état de santé actuel sans considérer une moindre possible dégradation, c’est déjà tellement trop.
Ce que j’espère c’est que ce que j’imagine pour elles aujourd’hui sera le minimum de demain. Je voudrais que la vie de mes enfants soit au moins aussi jolie que celle que je voudrais qu’elles aient une fois libérées de mon poids.
C’est vrai, mes enfants son mon leitmotiv, mon moteur, mon unique raison de surmonter tout ce qui se présente depuis 15 ans et tout ce qui est encore aujourd’hui sur mon chemin.
Les élucubrations à courts, moyens ou longs termes que je peux avoir, sont toutes entachées par ma maladie car même quand je ne suis pas en période de crise de douleurs qui rendent celles de tous les jours insupportables alors qu’elles sont, disons, tolérables grâce au traitement et autre, je vis avec un bâton dans les roues.
Je n’arrive pas à m’enlever de la tête que j’ai des modifications à comprendre, apprendre et accepter sans trop savoir si j’en suis capable dans le fond.
Si je ne peux pas, je ne peux pas, comme tout le monde, mais ne devrais-je pas arrêter aussi de réfléchir à prévenir?
Prendre soin de soi après tout revient dans le cas de la fibromyalgie à s’abaisser à ne pas passer son temps à se surpasser si on veut pouvoir tenir debout. Il faut vivre en se préservant, parce qu’on sait que tout se paie, qu’on sait que tout est plus difficile et compliqué, qu’il ne vaut mieux pas pousser ou aller à l’encontre de son état physique.
J’ai conscience de l’aide immense de l’allopathie, aussi appelée chimiothérapie, car ce dernier terme ne signifie rien de + que “traitement par des drogues”(produits chimiques/chimio).
Mais ne devrais-je pas tenter de revivre autant que possible comme avant, quitte à m’épuiser et me tordre de douleurs 50% du temps en sachant que rien ne me soulagera?
Je ne crois pas qu’on guérit de la fibromyalgie, quelque soit la rage qu’on y met, je ne crois pas qu’on peut faire semblant non plus indéfiniment, mais j’espère qu’on peut améliorer le présent.
Le futur ça…c’est une autre histoire… Personne ne sait trop de quoi il est fait pour un malade de cette pathologie mal connue.Ces douleurs quotidiennes, chroniques, inexpliquées, incurables, instables, seront prises en charge un jour différemment j’espère et les malades sauront mieux à quoi s’attendre et que faire.
En 2012, nous sommes encore au stade de découvrir par nous même ce qui nous attend, mais un jour ça changera peut être comme pour d’autres maladies plus étudiées, plus reconnues.
Depuis des années la fibromyalgie commence à faire parler d’elle comme autre chose qu’un trouble psychologique ou une maladie imaginaire.
On la considère tout simplement et elle ne paraît plus si anodine ou isolée.
Un jour, il arrivera peut être qu’on se penche vraiment sur la fibromyalgie de son origine à sa fin.
D’ailleurs j’aimerais que les scientifiques hâtent le pas, pas pour moi mais pour mes enfants.
J’ai 2 filles, la fibromyalgie est “surtout” une maladie touchant les femmes et il se pourrait qu’elle soit héréditaire.
A chaque fois qu’elles se plaignent d’avoir mal quelque part j’ai peur. Elles sont jeunes mais j’ai peur. Cela fait près de 20 ans pour moi que cette fichue maladie plante son décor tout doucement et j’ai lu des articles sur la fibromyalgie diagnostiquée chez des enfants.
Alors j’ai peur, et cette peur en plus de ma culpabilité me font d’autant plus réfléchir à ce que je fais de mon quotidien.
Dois-je être constamment dans la recherche d’un équilibre jusqu’à la monotonie ou pas?
En attendant le temps passe, j’en suis déconnectée. Les crises de douleurs qui surplombent les douleurs chroniques du corps entier, rythment les périodes de “banalité”. Ces jours où la douleur reste connue et gérable sont épuisés d’avance parce qu’il faut se remettre d’une crise et sont utilisés pour “anticiper”la prochaine vague.
Ah que de questions, de choix cornéliens, de temps perdu et de solitude…
Incertitude du bon choix et remise en question ne me laissent pas trop l’occasion de me sentir bien dans mes pompes et de tester mes théories.
Il faut vivre ses rêves au lieu de rêver sa vie paraît-il mais moi je fantasme sur ma vie d’avant et projette des volontés et espoirs fantasmagoriques.

